Bidaine ou l'âme de la
Résistance en Charente
par Jean-Christophe Mathias (auteur)
« Je maintiendrai. »
Devise de l'Armée Secrète 18 - Maquis Bir Hacheim
Né dans le Doubs, au Vernoy-lès-Montbéliard, le 7 mars 1894, Gustave Bidaine est décédé en Charente, à Angoulême, le 3 mai 1953. Il repose près du carré militaire du cimetière des Bardines à Angoulême, aux côtés de son épouse Germaine. Ayant vécu durant toute la première moitié du XXe siècle, cet homme a donc traversé les deux guerres mondiales.
En 1913, il s’est engagé volontairement au 26e Bataillon du Génie à Belfort. Il devient caporal en 1914 et il est en campagne contre l’Allemagne à compter de la déclaration de guerre le 1er août 1914. À cette date, il est au Maroc, ce qui lui vaudra d’être décoré de la médaille coloniale agrafe Maroc par décret du 30 juillet 1915. Cette année-là, il passe à la Compagnie Télégraphique de Casablanca. En 1917, il passe dans la réserve de l’armée d’active et rejoint la métropole où il est de nouveau en campagne contre l’Allemagne puis aux armées du Nord-Est à la fin de la guerre, ce qui lui vaut d’être décoré de la médaille de la Victoire.
En 1919, Gustave Bidaine se marie avec Germaine Flotard à Nersac, à côté d’Angoulême.
Puis il repart en Afrique du Nord en tant que facteur receveur, en Algérie, avant d’être muté à Martaizé, près de Châtellerault dans la Vienne, en 1926, toujours dans l'administration des Postes, Télégraphes et Téléphones (P.T.T.).
En 1928, Gustave Bidaine obtient le permis de conduire les automobiles.
C’est en juillet 1937 qu’il arrive à Saint-Laurent-de-Céris, en Charente, en tant que receveur du bureau de poste. Dès 1938, il est investi dans la vie locale car le Journal de Ruffec et le Journal de Confolens annoncent dans leurs colonnes que l'inauguration du terrain de football de Saint-Laurent-de-Céris aura lieu le 25 septembre 1938 avec un concert de l'Union Musicale de Champagne-Mouton dont le chef est Gustave Bidaine. En janvier 1939, le même Journal de Confolens et le journal La Charente relatent un match de foot entre la Société Sportive Confolentaise et l'Union Sportive de Saint-Laurent qui bénéficia de « l'arbitrage impartial de M. Bidaine père ».
Le 23 juillet 1940, Gustave Bidaine est démobilisé et donc libéré des obligations militaires. Mais un concours de circonstances va en décider autrement : en effet, l’invasion de la France par l’armée allemande et l’armistice signé en juin 1940 aboutit à la création de la ligne de démarcation, qui coupe le département de la Charente en deux parties. Saint-Laurent-de-Céris, situé dans la zone sous administration française, voit donc arriver l’armée d’armistice avec le 30e Bataillon de Chasseurs à Pied (B.C.P.), qui s’installe dans le village. Le bureau de poste étant alors situé sur la place du champ de foire où s’est installé le 30e B.C.P., Gustave Bidaine va donc côtoyer de très près les militaires alors en fonction.
Le 15 juin 1941, Gustave Bidaine reçoit la médaille d’honneur en vermeil de la Société Nationale d’Encouragement au Bien de la Charente. Cette « récompense honorifique », comme l’indique le diplôme, lui a été attribuée à l’occasion de l’assemblée générale de la société qui s’est tenue dans la salle du Musée de la Mutualité à Angoulême le 15 juin 1941, au cours de laquelle, selon le procès-verbal de cette AG, furent données « 350 récompenses réparties dans toutes les provinces de France ». La tenue de cette réunion est très étonnante, car à cette date, Angoulême est occupée par l’armée allemande, et le territoire français découpé en pas moins de six zones. Cette remise de récompenses symboliques pour toute la France à quelques pas de la Kommandantur semble en faire un acte patriotique dont on peut se demander s’il fut toléré ou ignoré des occupants. On peut également s’interroger sur la manière dont le diplôme destiné à Gustave Bidaine – demeurant en zone libre – fut expédié depuis la zone occupée, et comment la médaille de la Société d’Encouragement au Bien a fait pour franchir la ligne de démarcation, sachant que sur le verso de cette médaille figurent le visage de Marianne et la mention « République Française » !
Diplôme et médaille de la Société d'Encouragement au Bien de la Charente pour Gustave Bidaine
Photos et collection personnelle Jean-Luc Bidaine
En décembre 1942, l’armée allemande envahit la zone libre en réaction au débarquement américain en Afrique du Nord. De plus, l’instauration du Service du Travail Obligatoire le 16 février 1943, qui oblige les jeunes français à aller travailler en Allemagne, engendre un refus de la population, dont les jeunes hommes se dérobent à cette injonction. Les réfractaires au S.T.O. vont dès lors alimenter les maquis. C’est dans ce contexte qu’est produit un rapport de la Milice française basée à Confolens, daté de mars 1943. Publié par l’historien confolentais Joël Giraud dans un bulletin des "Amis du Vieux Confolens" en 1991, ce document constitue certainement l’une des pièces à conviction les plus remarquables de l’histoire de la Milice en Charente : il n’est donc pas possible de le passer sous silence quand on évoque cette période. Une partie entière est consacrée dans ce rapport à l’action des P.T.T., considérée par ses auteurs comme hautement dangereuse. Or, ce rapport cible directement le bureau de poste de Saint-Laurent-de-Céris, qui était alors dirigé par Gustave Bidaine.
Dans l’analyse qu’il livre, Joël Giraud affirme que « ce document (non signé puisqu’il s’agit d’une copie) est facilement identifiable pour ce qui concerne ses auteurs. Adressé à la Milice de Limoges en mars 1943, il émane du chef départemental adjoint et du chef départemental : ils sont respectivement Roger SAUVANET, ingénieur des Ponts et Chaussées, né en 1904 et domicilié à Val Rocas (Confolens) et le capitaine E. DILLY domicilié à Massignac. Le contenu évoquant les détails de la vie municipale confolentaise bien connue par SAUVANET, nous pouvons sans grand risque lui attribuer la paternité de ce rapport qu’il avait d’ailleurs conservé dans ses archives », lesquelles ont été saisies par la Résistance à son domicile en septembre 1944.
Voyons donc ce que dit ce rapport :
« Par circulaire plus ou moins secrète, l’administration des P.T.T. a pressenti tous les anciens commandants des unités militaires dissoutes pour qu’ils fassent entrer certains de leurs hommes dans une formation légale, officielle, ayant pour destination la remise en état de nos lignes télégraphiques et téléphoniques.
Cet engagement qui est assimilé à un volontariat du travail, dispense ceux qui l’ont souscrit de la servitude du travail obligatoire et, par conséquent, leur évite le départ en Allemagne. »
Selon Joël Giraud, « la Milice dénonce le recrutement de supplétifs qui permet de camoufler d’anciens cadres de l’armée de l’armistice dissoute après novembre 1942. Ces cadres du 30ème bataillon de Chasseurs à Pied (P.C. à Saint-Laurent-de-Céris en 1941) rentreront plus tard dans la Résistance à partir de l’O.R.A. (Organisation de Résistance de l’Armée). »
Le rapport se poursuit ainsi :
« Or, on ne peut pas supposer que des instructions verbales ont été données pour que seuls, soient touchés par les mesures d’exception ci-dessus, les éléments révolutionnaires et gaullistes de notre ancienne armée.
A Saint Laurent de Céris, siège de l’ancien 30e B.C.P. ; les Deux meneurs communistes les plus actifs et les plus notoirement connus, GRACIEUX André et MARCEAU Lucien, sont déjà embauchés. L’effet moral et les conséquences pratiques résultant du non départ des miliciens sont ainsi neutralisés.
Cette manœuvre est d’une habileté qui ne saurait nous surprendre de la part de l’administration des P.T.T. qui est bien de toutes les administrations, la plus cohérente et la plus active dans le cadre de la révolution rouge. »
Selon Joël Giraud, « le qualificatif de communiste est révélateur de l’état d’esprit et de la propagande des miliciens pour qui tout opposant est forcément moscoutaire, ce qui était loin d’être le cas vu la méfiance réciproque des résistants F.T.P. de la région et des anciens militaires (…). Les postiers (comme les cheminots de la S.N.C.F.) avaient leurs propres réseaux et leur action, pourtant moins spectaculaire que les Maquis, a considérablement gêné l’occupant et ses relais locaux. Ce rapport de la Milice leur rend un hommage bien involontaire. »
De fait, ce rapport de la Milice semble bien renseigné, puisque le dénommé André Gracieux, né à Saint-Laurent en 1920, a bel et bien appartenu par la suite à la Résistance : officiellement affecté au Maquis Bir Hacheim (Armée Secrète 18) à compter du 10 juillet 1944, il sera caporal, nommé chef de groupe adjoint par le Colonel André Chabanne, et participera aux opérations pour la libération des Charentes et de la Haute-Vienne : Maine-de-Boixe, route de Paris-Bordeaux, Dournazac, Châlus, Les Nègres, Salles-Moussac, La Sangle, Tusson, Maisons-Rouges, Champniers, Condac (Ruffec), Angoulême, Matha, Saint-Jean-d’Angély, Surgères et Rochefort.
Mêmes opérations auxquelles a participé Guy Bidaine, fils de Gustave Bidaine, sergent-chef ayant officiellement servi dans les rangs des F.F.I. à partir du 1er mai 1943, mais « ayant milité dans la Résistance dès 1942 », ce qui lui vaudra d’être décoré de la médaille militaire par décret du 29 août 1953, année du décès de son père Gustave.
Décret de médaille militaire à Guy Bidaine (fils de Gustave Bidaine)
Photo et collection personnelle Jean-Luc Bidaine
Demeure une question sur le rapport de la Milice charentaise de mars 1943 : comment se fait-il, alors qu’il semble si bien renseigné sur les activités des P.T.T. et qu’il cible expressément le bureau de Saint-Laurent-de-Céris, que le milicien Sauvanet ne cite pas le nom de Bidaine ?
Certainement pas par ignorance du nom du receveur de ce bureau de poste, qui ne devait pas être très difficile à trouver… Par ignorance des activités clandestines de Gustave Bidaine, cela semble peu probable également, car il accuse très clairement l’administration des P.T.T. de faire de la concurrence déloyale à la Milice en recrutant des employés fictifs afin de leur éviter le départ pour l’Allemagne. Or, l’administration des P.T.T. à Saint-Laurent-de-Céris avait un nom : elle s’appelait Bidaine. Ce que ce rapport de la Milice reproche à l’administration des P.T.T., c’est en réalité ce que Sauvanet reproche à Bidaine.
On peut donc émettre sans trop hésiter l’hypothèse suivante : Sauvanet savait très bien qui était Bidaine, et par ce rapport, c’est bien lui qu’il visait. Néanmoins, comme il était sans doute à la fois lâche et calculateur – ce que prouvera sa fuite en Espagne au moment de la Libération –, il a jugé préférable de citer les employés de seconde zone plutôt que le chef de l’organisation.
Cela pour deux raisons possibles et non exclusives :
- d’une part, parce que le parcours de Gustave Bidaine ne collait pas vraiment à l’image d’Épinal de communiste que la Milice tentait de donner de la Résistance : engagé volontaire dans l’armée française, combattant de la première guerre mondiale, médaillé de l’armée coloniale, Gustave Bidaine était moralement intouchable. Il aurait été absurde de tenter de le faire passer pour ce qu’il n’était pas : l’accuser d’effectuer des activités de Résistance n’aurait donc probablement fait que donner du crédit à ces dernières; cela aurait peut-être même discrédité les accusateurs auprès des autorités du régime de Vichy elles-mêmes.
- d’autre part, parce que sachant pertinemment que Gustave Bidaine avait été en lien étroit avec le 30ème B.C.P., et voyant que l’ambiance commençait à tourner en sa défaveur, il est très probable que Sauvanet ait pris peur et se soit dit qu’il risquait gros s’il visait directement cette personnalité : il a donc sans doute jugé plus prudent de s’en prendre officiellement à ses employés, se disant peut-être même qu’il pourrait, le jour venu, bénéficier de circonstances atténuantes si le vent virait de bord.
Joël Giraud va encore plus loin dans son livre sur "Les Confolentais dans la Seconde Guerre mondiale", puisque l’historien diagnostique carrément une pathologie mentale chez les auteurs du rapport : « Nos miliciens présentent tous les stigmates d’une paranoïa grandissante en 1943 (…) Des aveux de faiblesse émergent aussi de ce rapport (…) ce qui explique la faible croissance des effectifs (…) Les miliciens voient des communistes partout », notamment dans « l’administration locale des PTT et des cadres de l’ancien 30e BCP! » Une telle description correspond certainement plus à la réalité que l’image complaisante que donnent de Sauvanet certains historiens-romanciers locaux omettant d’analyser ce document pourtant capital. Un rapport de 1944 du Commissaire du Gouvernement près la Cour de Justice de la Charente concernant ce chef milicien alors en fuite semble d'ailleurs confimer qu'il est bel et bien l'auteur - sinon le co-auteur - de ce rapport, puisqu'il y est écrit que « Toute son activité se déployait alors à faire du recrutement pour la Milice et à dénoncer les jeunes gens réfractaires au S.T.O. . »
Quoiqu’il en soit, Gustave Bidaine poursuivit ses activités illégales tant civiles que militaires.
Il commit en effet un acte de Résistance civile le 15 novembre 1943 en se rendant à Berneuil, en Haute-Vienne, en compagnie de son fils Guy, coiffeur à Saint-Laurent, afin de marier civilement Marcel Mathias, instituteur de Saint-Laurent-de-Céris et réfractaire au S.T.O. et Anne-Marie Labajauderie, employée des P.T.T. au Central télégraphique de Limoges. Un télégramme est d'ailleurs envoyé par le Central télégraphique de Limoges à Berneuil pour féliciter les mariés, doublé d'un message écrit à la plume de la part du Chef et du personnel du Central télégraphique. Du même âge que son fils Guy, Marcel Mathias n’était pas un inconnu pour Gustave Bidaine, puisque le bureau de poste de Saint-Laurent, qui lui servait également de domicile, était une maison mitoyenne de celle de la famille Mathias. Réfractaire au S.T.O. sous le pseudonyme de Charles Ammadier, protégé au bureau de Poste de Saint-Laurent par Gustave Bidaine, Marcel Mathias est entré en Résistance individuelle dans le groupe Bidaine à compter du 8 juillet 1943 ; il rejoindra officiellement le maquis Bir Hacheim le 14 août 1944. Le mariage de Marcel Mathias fut célébré en mairie sous son véritable nom, seulement civilement (le mariage religieux sera célébré l’année suivante), certainement par souci de discrétion : on imagine en effet ce qu’aurait donné un contrôle d’identité du marié. Ce fut donc un acte de Résistance civile de la part du maire de Berneuil et des témoins dont fut Gustave Bidaine. Cet acte fut aussi sans doute une marque de reconnaissance entre les deux familles, car ce même Marcel Mathias - alors affecté au groupement 44 des Chantiers de Jeunesse dans le Puy-de-Dôme après avoir été secrétaire au 30e B.C.P. - avait été le témoin du mariage de Guy Bidaine, fils de Gustave Bidaine, le 8 septembre 1941 à Saint-Laurent-de-Céris où Guy Bidaine était alors coiffeur.
Acte de mariage de Marcel Mathias et signature de Gustave Bidaine, témoin
Registre d'état civil de la commune de Berneuil (Haute-Vienne)
Gustave Bidaine a commencé à travailler pour la Résistance dès sa démobilisation de l’armée et il s’est rallié à la France Libre en juin 1943. Dans le livre "1944 – La Charente limousine se libère", Joël Giraud raconte que le 3 août 1944, entre la Vienne et la Charente, la mission interalliée "Jedburgh Ian" est attaquée par les allemands à Pleuville: sont tués un résistant français et le radio américain d’origine canadienne Bourgoin. Un autre américain, le major Gildee, le capitaine Desfarges et le F.F.I. André Véry, du maquis Bir Hacheim, se réfugient alors chez Gustave Bidaine, « chef de la Résistance à Saint-Laurent-de-Céris », qui dirige « un réseau de postiers et téléphonistes », afin d’être récupérés par le maquis Bir Hacheim. Cette action a été dévoilée grâce aux "Carnets de guerre en Charente" de Francis Cordet, livre dans lequel l'auteur affirme que « Le capitaine Rogez organise le deuxième bureau, alimenté par un réseau téléphonique étendu grâce au concours d'agents des PTT », précisant: « Sous Gustave Bidaine (Saint-Laurent-de-Céris), des agents de La Rochefoucauld, Champagne-Mouton (...), Pranzac, Condéon (...), Confolens (...), Ruffec (...) ».
L’activité de renseignements de Gustave Bidaine se doublait donc d’actions plus directes, comme en atteste la citation justifiant sa médaille de la Résistance : « Pendant longtemps, il a caché, dans les fermes notamment, des réfractaires à qui il procurait de faux titres d’identité. Il a également caché des armes. En relations avec Bir’Hacheim à partir de Mai 1944, c’est lui qui a assuré le recrutement du maquis de Saint-Laurent-de-Céris qu’il ravitaillait. Outre son activité comme agent de renseignements, il a participé activement aux opérations de guerre. Il a été, dans la région de Saint-Laurent, l’âme de la Résistance. A ce titre, il avait été nommé « Chef Administratif et Politique des M.U.R. pour la Charente Libre et Chef des Services Civils de renseignements de l’A.S. 18. » Gustave Bidaine a en effet été décoré de la Médaille de la Résistance avec ruban au titre des Mouvements Unis de la Résistance, car il a été agent de renseignements au 1er régiment Bir’Hacheim, « a soutenu la lutte contre la Milice et la Gestapo », « a été l’un des fondateurs et des meilleurs agents du Maquis » et « a camouflé 40 jeunes gens ». Dans son avis du 23 mars 1945 à Angoulême, le Président du Comité Départemental de Libération de la Charente indique qu’il fut un « très bon agent de la Résistance, organisateur du maquis dans sa région ».
Gustave Bidaine deviendra également, en septembre 1944, membre du Comité Départemental de Libération (C.D.L.), du Comité d’Épuration de la Charente et délégué à la Commission d’Épuration Militaire. Dans son livre "1944 Maquis Bir-Hacheim – Son « camp de concentration »", le chercheur amateur Jacky Brun indique que Gustave Bidaine est cité à plusieurs reprises dans les documents des Archives nationales consultés par ses soins à Pierrefitte-sur-Seine. L’inspecteur-enquêteur Bidaine y est cité comme étant l’un des trois chefs de la Prévôté F.F.I. de Montemboeuf, sise dans les locaux de l’actuelle gendarmerie, et à ce titre chargé d’une enquête concernant un individu soupçonné d’espionnage.
Lors d’une conférence donnée le 8 mai 2023 à Saint-Laurent-de-Céris, l’historien charentais et mosellan Jacques Baudet, originaire de Saint-Claud, affirmait : « Aux côtés de Gustave Bidaine, receveur des postes, Marcel Banliat, né le 7 septembre 1912 à Ambernac, donc âgé de 30 ans en 1942, caporal au 80e Régiment d’Infanterie, croix de guerre 1939-1940, démobilisé en 1940, a été facteur auxiliaire à Saint-Laurent-de-Céris. Il a été résistant de novembre 1942 à octobre 1944 en qualité d’agent de renseignement et de liaison. « Il avait notamment, au péril de sa vie, précise un document, averti le maquis de Saint-Laurent – c’est-à-dire ceux d’Endourchapt – que l’ennemi entourait déjà les bois ». Devenu facteur à Saint-Claud, d’une grande discrétion, il n’a été reconnu qu’en 1973 comme combattant volontaire de la Résistance malgré diverses attestations dont une datée du 31 octobre 1944 par le colonel Chabanne et signée par le chef des renseignements civils du maquis Bir-Hacheim, Gustave Bidaine. »
Le 10 juin 2023, un hommage à Gustave Bidaine a été rendu par la municipalité de Saint-Laurent et les Anciens combattants au monument aux morts de Saint-Laurent-de-Céris, lors d’une cérémonie dans le cadre des journées de la mémoire organisées par Bernard Cussaguet de l’association Sports et loisirs de Saint-Claud.
Par décret du 23 octobre 1945 publié au Journal Officiel le 24 octobre 1945, Gustave Bidaine, alias "Dantzen", receveur des Postes à Saint-Laurent-de-Céris, fut médaillé de l’Ordre de la Libération. Il a très probablement été inhumé en compagnie de cette médaille de la Résistance, car celle-ci est mentionnée sur la plaque funéraire métallique qui est fixée sur la sépulture familiale.
Enfin, Gustave Bidaine reçut le diplôme de la Résistance P.T.T. Bien qu'aucune date ne soit mentionnée sur ce diplôme des P.T.T., il date très probablement de l'année 1946. En effet, on reconnaît sur la droite du diplôme la signature de Jean Letourneau, Ministre des P.T.T. du Gouvernement provisoire de la République française du 26 janvier 1946 au 16 décembre 1946 (gouvernement de Félix Gouin jusqu'au 26 juin 1946, puis de Georges Bidault). Cette signature est d'autant plus remarquable que d'autres diplômes identiques ont été signés par le directeur du cabinet et non par le ministre en personne. Quant à la signature du chef national de la Résistance P.T.T., sur la gauche du diplôme, il s’agit certainement de celle du Compagnon de la Libération Ernest Pruvost: https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/ernest-pruvost
Diplôme de la Résistance P.T.T. à Gustave Bidaine
Photo et collection personnelle Jean-Luc Bidaine
Sources et remerciements :
- Joël Giraud, « Un rapport de la Milice en 1943 », in bulletin des "Amis du Vieux Confolens" N°39-40, septembre-décembre 1991 (dir. Jacques Dumont, Confolens), pages 1 à 5.
- Joël Giraud, "Les Confolentais dans la Seconde Guerre mondiale", éditions La Péruse (Ruffec, 1994), pages 106-107.
- Joël Giraud, « Les combats de l'été 1944 autour de Confolens et les libérations de la Charente limousine », in "1944 – La Charente limousine se libère" (dir. Benoît Savy et José Délias), éditions Transmettre (Tours, 2024), pages 135 et 142 à 144.
- Francis Cordet, "Carnets de guerre en Charente", éditions de Borée (Clermont-Ferrand, 2004), pages 278, 297 et 342.
- Jacky Brun, "1944 Maquis Bir-Hacheim – Son « camp de concentration »" (Union Européenne, 2022), pages 61 et 109-110.
- Jacky Brun, "La Milice française en Charente Limousine" (Union Européenne, 2024), page 88.
- Jacques Baudet, texte de la conférence sur « Le maquis Bir-Hacheim » donnée à Saint-Laurent-de-Céris le 8 mai 2023.
- Pierre Vergnaud (maire de 1977 à 1995) assisté de Mr Rainaud (directeur d’école), "La commune de Saint-Laurent-de-Céris, son histoire de 1939 à 1942".
- Journal de Confolens, Journal de Ruffec et journal La Charente sur le site Gallica (bibliothèque numérique de la BNF).
- Fonds André Vergeau conservé par les Archives départementales de la Charente (Angoulême).
- Compte-rendu de la réunion générale du 15 juin 1941 (Archives de la Société Nationale d’Encouragement au Bien de la Charente), aimablement transmis par Jacques Bélanger, Président de la S.E.B.C., Angoulême.
- Fiche matricule de Gustave Bidaine aux Archives Nationales d’Outre-Mer (A.N.O.M.) à Aix-en-Provence.
- dossier de Médaillé de la Résistance du Gustave Bidaine conservé par le Musée de l’Ordre de la Libération à l’Hôtel des Invalides (Paris), aimablement transmis par son archiviste.
- dossiers F.F.I. d’André Gracieux, de Guy Bidaine et de Marcel Mathias conservés par le Service Historique de la Défense (Château de Vincennes).
- registres d’états civils d’Angoulême et de Saint-Laurent-de-Céris (Charente), de Berneuil (Haute-Vienne) et du Vernoy-lès-Montbéliard (Doubs).
- collection particulière de Jean-Luc Bidaine (Maréchal des logis-chef de gendarmerie, décoré de la médaille militaire en 2006), fils de Guy Bidaine et petit-fils de Gustave Bidaine.
- cimetière des Bardines (Ville d’Angoulême) : https://cimetiere.gescime.com/FicheDefunt/angouleme-cimetiere-16000/226859
N.B.: un grand merci au Musée de la Poste à Paris, dont l’archiviste nous a appris l’existence du dossier professionnel d’employé des P.T.T. de Gustave Bidaine, transféré aux bons soins des Archives départementales de la Charente. Malheureusement, ces dernières n’ont pas été en mesure de nous fournir ce dossier malgré des demandes réitérées. On ne peut que regretter que les Archives départementales de la Charente aient donc probablement perdu ou détruit le dossier professionnel de l’un des chefs de la Résistance en Charente.




